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Posts Tagged ‘Cinéma documentaire’

Poussin 3Interview. Dans chacun des numéros de la série Palettes, un tableau est démonté, fragmenté, dépigmenté ou radiographié, avant d’être reconstitué. Après trente minutes d’enquête palpitante, le commissaire Alain Jaubert finit par énoncer ses conclusions.

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Poussin 1Alain Jaubert utilise toutes les ressources de l’érudition et des techniques audiovisuelles afin de mieux comprendre comment à coups de couteau ou de pinceau, à mains nues parfois, un peintre a accompli son œuvre. Palettes sait rester simple malgré la richesse de ses moyens – en matière grise s’entend. Loin du pensum doctoral et soporifique, cette demi-heure didactique est lumineuse. Réussir à passionner son spectateur en analysant, paPoussin 2r exemple, telle ou telle œuvre classique et mystique peinte par un artiste méconnu est l’un des petits miracles de cette série diffusée par Arte.

Scientifique de formation, journaliste et amateur d’art, Alain Jaubert communique à travers Palettes sa fascination pour la peinture, digérant pour cela des centaines d’ouvrages spécialisés. Pertinence des images, sobriété du commentaire dit à merveille par le comédien Paul Cuvelier : le plaisir est ici communicatif.

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Le Chagrin et la Pitié - Générique Dossier. L’histoire est un genre auquel les Français sont traditionnellement attachés, nourris qu’ils sont des récits fondateurs de la nation. Depuis ses débuts, la télévision s’est fait l’écho de ces derniers, puis de leur remise en cause, tout en élargissant son propos au-delà des frontières du pays, principalement sous forme de films documentaires, aux côtés de fictions, de causeries ou de débats. Les premiers ont connu une évolution au même rythme que leur support. Parfois, pour des raisons économiques ou politiques, c’est au cinéma qu’ils ont d’abord été diffusés. Pour leur part, les historiens (des disciples de Lavisse aux tenants des Annales) ont progressivement changé leur rapport à un media jugé d’abord simplificateur. Au fil du temps, on les a vu venir faire soit la présentation de leurs travaux en plateau ou collaborer à l’élaboration de films documentaires. La présente saga couvre quatre décennies d’histoire  de l’histoire à la télévision française, de la fin des années 1950 au début des années 1990.

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train dérailléCritique de film. Ils avaient une vingtaine d’années. À partir de 1940, ils s’engagèrent dans la Résistance contre l’Allemagne nazie et ses soutiens français. Cinquante ans après ils se souviennent.

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Qui ne s’est jamais posé cette question : « Pendant la guerre aurais-je été résistant ? » L’auteur du Refus dit être parti de cette réflexion d’ex-adolescent ayant mûri dans la période d’après-guerre, une trentaine d’années durant lesquelles on présenta la majorité des Français occupés comme des Résistants. Après cela, à partir du milieu des années 1970, la France est entrée dans une autocritique sévère et amère. Pierre-Oscar Lévy est l’un de ceux qui, cinquante ans après la fin du conflit, veulent repassionner le débat d’une manière positive en établissant un corpus de témoignages directs. Il donne la parole à de jeunes gens devenus vénérables qui, tous, ont refusé la défaite, plein « de révolte, de honte, de rage et d’accablement ». Son film suit l’évolution de la Résistance, faisant se succéder les récits d’une quarantaine de partisans.

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Critique de film. Le sac de Nankin, perpétré par les armées japonaises en 1937, est l’un des crimes de guerre les plus sanglants du XXe siècle. Au nom de l’empereur raconte cet événement historique majeur et s’intéresse à ce qu’il en reste dans la mémoire nationale nippone.

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Nankin, 1937Installés depuis 1910 en Corée, les colons japonais créent en 1932 l’État fantoche du Mandchoukouo dans le nord de la Chine. En 1937, sous l’impulsion du gouvernement ultra nationaliste de Tokyo (devenu l’allié des fascistes italiens et nazis allemands), l’armée coloniale nippone entame véritablement sa conquête de la Chine. Elle prend Pékin et Shanghai, mais les si Chinois perdent du terrain, ils se défendent avec ardeur. Nankin (ou Nanjing), leur capitale, paye le prix fort pour cette résistance. Elle subit d’abord plusieurs jours de raids aériens intensifs, ce qui fait fuir les riches de la ville, lesquels laissent sur place les habitants les plus pauvres. Lorsque les Japonais investissent Nankin, ils se livrent à des massacres et des pillages. Les atrocités dureront plusieurs mois et causeront plus de 200 000 morts.

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DON’T LOOK BACK 10Critique de film. En 1965, le jeune Bob Dylan est en train de devenir une figure de proue de la pop music internationale. C’est ce dont témoigne Don’t Look Back, un film exceptionnel signé Donn Alan Pennebaker, l’un des plus importants représentants du cinéma direct ou cinéma vérité.

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Né en 1941, Robert Zimmermann a adopté son pseudonyme en hommage au poète gallois Dylan Thomas. Considéré comme un fils spirituel de Woody Guthrie, Bob Dylan devient l’un des chefs de file du courant folk en 1963 avec Blowin’ in the Wind et The Time They Are a-Changin’, aux côtés de Pete Seeger et Joan Baez, laquelle sera un temps sa compagne. Agressif, ironique, ce poète aux allures de beatnik bouscule les convenances et critique la marche du monde.

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Critique de film. Les Anges noirs de l’utopie est une remarquable synthèse qui retrace les temps forts de la furieuse histoire des pirates européens.

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Un navire tourmenté par une tempête perce Piratel’écran. Dans un « sillage d’effroi et de ténèbres » s’approchent les fantômes de Barbe Noire et de Rackam le Rouge… Très vite, ce film plonge ses spectateurs au cœur d’une fabuleuse histoire que racontent l’écrivain Michel Le Bris et le réalisateur Michel Viotte. Excellemment écrit, le commentaire dit ce qu’il faut savoir, tandis que la réalisation fait rêver grâce à une iconographie qui concilie les nécessités de l’histoire et de l’esthétique, ainsi qu’à quelques extraits de fictions bien choisis et des prises de vue tournées dans des lieux fondés par ces criminels fascinants que furent les pirates.

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Critique de film. Vision amère de la vie moderne, L’Amour existe est une charge contre la monotonie et la laideur du cadre de vie imposé aux Franciliens du début des années 1960. Tout est étroit, mesquin dans ce monde rythmé par les horaires de travail et le temps passé dans les transports en commun.

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« Longtemps, j’ai habité la banlieue » fait dire Pialat au commentateur. Le gamin de Courbevoie se souvient des cartes de géographie Vidal de Lablache qui « éveillaient le désir des voyages lointains, mais entretenaient surtout nos illusions au sein même de nos paysages pauvres. » Ici, un vent léger anime la surface de l’eau. La mer ? Non, la caméra élargit notre champ de vision : il s’agit d’un étang au bord duquel s’ébrouent des machines.

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Critique de film. Documentaire sans commentaires, Une Poste à La Courneuve tente de s’inscrire dans la lignée des films de Raymond Depardon. Entre télé-journalisme et cinéma, il réussit à montrer quelques bribes d’une réalité vécue par des millions de Français lâchés par le système.

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Les auteures d’Une Poste à La Courneuve ont voulu observer la vraie vie de banlieusards dont la ville fait régulièrement la une des journaux. Le choix de s’installer dans une poste s’est avéré être une bonne idée. Des deux côtés des guichets du bureau de La Courneuve-Ouest, une même tension anime clients et personnels. Ces derniers ne sont pas nombreux pour maîtriser le flot ininterrompu de détresse qui les submerge. Car dans ce bureau, on vient tous les jours pour savoir si le R.M.I., les allocations ou pensions sont bien arrivées sur son livret d’épargne.

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Black HarvestCritique de film. Troisième volet d’un passionnant triptyque papou réalisé par deux cinéastes documentaristes, Black Harvest raconte la fin d’une exploitation de café en Nouvelle Guinée-Papouasie. Et bien d’autres choses encore.

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Les premières images nous indiquent que nous sommes dans un film de deuil. L’enterrement du chef de la tribu des Ganiga ouvre de riches perspectives pour Joe Leahy qui, pour le bien de ses affaires, devient le nouveau chef, grâce à l’aide de l’influent Popina. Mais il ne se doute pas que cette nouvelle position va agir comme un révélateur de ses contradictions. Après First Contact (Premier contact) et Joe Leahy’s Neighbours (Les Voisins de Joe Leahy), Black Harvest (Récolte sanglante) est le troisième épisode d’un feuilleton épique.

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Critique de film. On reste ébahi devant cette œuvre magistrale qui nous dit tout ce qu’il faut savoir, ou presque, sur l’histoire de la Méditerranée. Rarement vue depuis sa première diffusion, cette série documentaire dirigée par Fernand Braudel (1902-1985) ressurgit comme un trésor archéologique sort de terre [article écrit à l’occasion d’une diffusion sur la chaîne Histoire].

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mediterannee-10La somme de connaissances réunie par le grand historien durant de longues années de recherche est révélée selon un plan rigoureux que respecte la réalisation, avec modestie et assurance. Pas une image, pas un mot ne sont de trop dans cette série. La synergie entre ces deux éléments est telle qu’il n’y a plus qu’à déguster une œuvre de haute culture détaillée en des termes compréhensibles par le plus grand nombre.

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Critique de film. Un possédé, des fantômes, des hommes bioniques, un extraterrestre… Les surprenantes histoires racontées dans Les Documents interdits sont vraies puisqu’elles ont été filmées.

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 « Les images que vous allez voir ne vous montreront rien, ne vous apprendront rien et ne prouveront rien » avertit une voix off qui commente un montage d’images plutôt compliqué. On comprend finalement que l’homme filmé par des caméras de surveillance présenté dans un de ces « documents interdits » est un extraterrestre…

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Critique de film. Dans un joyeux désordre digne des films de John Cassavetes, un remarquable numéro de la série Cinéma de notre temps évoque les débuts de la carrière de ce cinéaste. C’est l’occasion de tenter de définir ce qui fait sa singularité.

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Le cinéma de John Cassavetes (1929-1989) ne ressemble à aucun autre, pas même à celui de ses contemporains de la Nouvelle Vague. Avant de devenir réalisateur, Cassavetes est d’abord comédien au cinéma et à la télévision où il goûte au plaisir de jouer en direct. Filmé par Hubert Knapp et André S. Labarthe pour un numéro exemplaire et bien trop court de Cinéma de notre temps, Cassavetes raconte comment avec Shadows (1958), il est passé à la réalisation sans grands moyens et grâce à la complicité de jeunes comédiens. Ce film est tourné en décors naturels au cours d’une succession d’improvisations que capte une caméra en mouvement permanent. Des caractéristiques que l’on retrouvera dix ans plus tard dans Faces et les films suivants.

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Critique de film et interview. Ils ont entre dix et treize ans, sont plutôt de condition modeste et habitent en France en 1998. Ils disent au cinéaste Manuel Poirier comment ils voient le monde dans un film documentaire hors du commun. Description et entretien avec l’auteur ci-dessous.

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Le genre documenManuel Poiriertaire prend du galon et c’est tant mieux. Programmée à une heure de grande audience, la case Hors-série de France 3 accueille ce soir un film signé Manuel Poirier, auteur à succès de Western. « J’avais depuis longtemps envie de réaliser un film documentaire » déclare le cinéaste à Téléscope. Avantage de la notoriété, la chaîne lui a laissé carte blanche après quelques entretiens de principe : « Sans prétention aucune, je dirais que le fait que ce soit moi qui fasse le film est aussi important que le sujet que je traite. » Autrement dit, on est ici en présence d’un « vrai » film qui, s’il n’est pas de fiction, entend dire quelque chose de personnel : « Pour faire œuvre sociologique, on peut sans problème faire appel à des spécialistes. »

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Critique de film. Placé sous le signe de l’absurde, ce montage d’archives filmées des actualités est-allemandes raconte, sans commentaires, cinquante années d’existence d’un pays qui a aujourd’hui disparu.

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Vive notre R.D.A. restitue une part de ce qui a rythmé la vie quotidienne de ces Allemands soumis au régime socialiste. Tournés entre 1949 et 1989, les bulletins d’actualités cinématographiques, puis télévisés, sont regardés avec ironie par Thomas Hausner. Son montage chronologique traque les bêtises de Deutscher Fernsehfunkla propagande, sans toutefois en faire des tonnes. Les bulletins du Témoin oculaire (titre des infos) vantent les nouvelles valeurs et fustigent les Alliés occidentaux – des « touristes » à ne pas confondre avec les vaillants soldats soviétiques -, ou les trafiquants qui commettent des « crimes contre la collectivité ». Puis, on s’y moque de « la culture à Berlin Ouest » faite de rock’n’roll, de grosse bouffe, de défilés de pin-ups et autres dégoûtantes distractions, alors que la télévision locale montre des films russes promettant un « avenir radieux ». Il va de soi que les maîtres successifs du pays (Ulbricht, Honecker…) font l’objet de portraits obséquieux dans ces actualités et qu’on n’y parle évidemment pas de la répression policière intérieure.

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le cochon de gastonCritique de film. La quête de la truffe dans le Sud-ouest est racontée sous forme de conte dans Le Cochon de Gaston, un petit film de Frédéric Fougea bourré de charme et d’humour.

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« Kiki ! » fait Gaston, « Groin ! Groin ! » répond le cochon. Sur le causse de Limogne dans le Quercy blanc, il était une fois une équipe de tournage parisienne qui s’en était venue fixer sur pellicule une merveilleuse histoire, drôle, touchante et instructive. Le comédien Jean-Claude Dreyfus, dont on connaît la passion pour les cochons, raconte joliment ce court récit qui expose une relation entre un homme et son animal, tant du point de vue affectif que socio-économique. C’est le principe de la série Les Seigneurs des animaux qui mélange les genres fiction et documentaire, dont est extrait Le Cochon de Gaston.

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Critique de film et interview. « Créer un entreprise, c’est le seul engagement qui reste aujourd’hui lorsqu’on veut “faire quelque chose de bien” dans la vie. » À partir de ce constat, Claire Simon a réalisé un film à la fois touchant et épique.

« Vous prenez la première à droite, puis à gauche, la cinquième en remontant…» : une secrétaire indique le chemin qui mène à l’entreprise au cours d’un dialogue téléphonique digne des Marx Brothers. Il est compliqué, comme les aventures que vivent les personnages filmés par Claire Simon. Navigation Système, société spécialisée dans la production et la livraison de plats cuisinés est située dans la zone industrielle de Saint-Laurent-du-Var, au 27 allée des Métallos. Un lieu qui ressemble étonnement à des studios de cinéma.

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Critique de film. Tourné à hauteur d’enfant par Claire Simon, le film Récréations restitue quelques aventures vécues par les petits dans les cours de récré. Se frayant un chemin dans ces jungles de bitume, ils apprennent les choses de la vie pour le meilleur et pour le pire. Comme des grands.

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Quiconque a posé un jour ses yeux d’adulte dans une cour de récréation a pu constater qu’on avait là un réservoir de fictions inépuisable, Récréationsainsi qu’une collection vivante de stéréotypes des rapports humains. Ayant tourné deux mois dans le cadre d’une école maternelle, caméra V8 légère au poing, Claire Simon a réalisé un petit chef-d’œuvre de cinéma documentaire. Drôle et poignant, son film entend démontrer comment, dès la petite enfance, nous sommes les esclaves de nos sentiments. Citation de Spinoza à l’appui : « L’homme soumis aux sentiments ne dépend pas de lui-même mais de la fortune dont le pouvoir sur lui est tel qu’il est souvent contraint de faire le pire. Même s’il voit le meilleur. »

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Critique de film et interviews. Résolument positifs, les réalisateurs de À nos profs bien-aimés ont choisi de soumettre à l’admiration des téléspectateurs sept professeurs en état de grâce. L’un d’eux, Jean-Louis Mathieu, évoque pour nous le passage de l’équipe de tournage dans sa classe, tandis que Christophe de Ponfilly, coauteur du film, expose sa méthode.

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On ne s’ennuie pas durant la petite heure d’étude animée par Marie-Françoise Desmeuzes et Christophe de Ponfilly, auteurs de À nos profs bien-aimés. Selon eux, Danielle Pedessaccertains professeurs sont dotés d’une exceptionnelle aura. Ce sont ceux dont on se souvient toute sa vie. Classiquement réalisé, le film alterne des séquences d’entretien d’enseignants et d’élèves avec des extraits de cours, scènes auxquelles s’ajoutent quelques vues pittoresques sur la vie extra-muros de leurs héros. À la recherche de temps forts et de mots touchants, ils livrent une série de vignettes joyeuses qui donneront envie à certains de retourner à l’école.

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la loi du collègeCritique de film et interview. Constitué de six épisodes La Loi du collège est un feuilleton documentaire vif et passionnant qui raconte la vie quotidienne d’un établissement de la banlieue nord de Paris durant une année scolaire. L’angle choisi par la réalisatrice Mariana Otero a été d’observer comment enseignants, élèves et personnels administratifs tentent de se mettre d’accord sur une loi acceptée par tous.

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« Vous allez passer ici une année durant laquelle vous ne vous ennuierez pas ! » Le message, si ce n’est l’avertissement, est clair pour les professeurs qui écoutent le principal, monsieur Duattis. Pour nous, téléspectateurs, cette entrée en matière excite l’intérêt autant qu’elle surprend. Allons-nous assister à un combat entre des enseignants luttant pour leur survie face à des élèves sauvages et sanguinaires, drogués et voleurs ? Son talent a empêché la réalisatrice Mariana Otero de tomber dans la caricature. Son talent, mais aussi sa méthode.

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Critique de film. Essai sur l’histoire du regard en Occident, le film Vie et mort de l’image pousse à la réflexion autant qu’il agace. Au cours de cette adaptation d’un livre qu’il a publié chez Gallimard, Debray le clerc se révolte contre la suprématie de l’image à l’heure du règne des écrans. Soupçon pour soupçon : le révolutionnaire serait-il devenu réactionnaire ?

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Dans Vie et mort de l’image, le propos de Régis Debray et du réalisateur Pierre Desfons n’est pas de rejoindre la cohorte des historiens de l’art, du cinéma et des médias. Leur film n’est pas un récit exhaustif des évolutions techniques et esthétiques de l’image : « Oubliez » ce que vous savez et ce que vous aimez, lance Debray depuis son bureau à la manière d’un Oncle Paul vidéosphérique. Et suivez-moi dans la grotte, à l’église, au musée et enfin à l’intérieur des écrans, pour voir comment l’image aux pouvoirs magiques est devenue « un moyen de plaisir et de distinction » puis « un simple moyen d’information et de vente. » Pour cette dernière raison : « Nous n’y croyons plus vraiment [aux images]. L’ère du soupçon est ouverte. » On peut s’interroger sur ce credo inventé par les intellectuels français qui ont tardivement découvert la télévision au cours des années 1980. Hommes de lettres par excellence, ils ne peuvent s’empêcher de voir dans l’avènement des médias audiovisuels l’écroulement de leur univers, la mort de la pensée. Pessimiste sur le fond, le constat prend ici la forme d’un film austère, au contenu verbal très dense.

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Ça y est,  Un voyageur, le film autobiographique de Marcel Ophuls est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs durant le Festival de Cannes, le 17 mai 2013.

Site du film : www.ophulsunvoyageur.com

Relais. Tonton Marcel a besoin de nous ! Pour boucler le financement de son film autobiographique intitulé « Un voyageur », la société de production The Factory lance une souscription. Ce film doit être présenté durant le Festival de Cannes 2013.

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Critique de film et interview. C’est l’histoire d’un microcosme, d’un petit groupe d’industriels, de mini-titans qui se sont déchiré durant les années 1980 pour obtenir une part du gâteau audiovisuel français. Plus habitués à entendre les sourds échos de la guérilla que mènent les starlettes du petit écran entre elles, les téléspectateurs découvrent d’étonnantes histoires secrètes grâce à ce document en béton. Ses auteurs, Marie-Ève Chamard et Philippe Kieffer, évoquent ici leur travail.

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Tous deux journalistes à Libération durant 10 ans, ces spécialistes des médias que sont Marie-Ève Chamard et Philippe Kieffer ont été aux premières loges pour assister au grand chambardement qu’a connu le paysage audiovisuel français à partir de l’élection de François Mitterrand. En 1992, ils ont publié La Télé, 10 ans d’histoires secrètes (Flammarion), un ouvrage de référence. Comment adapter ces 700 pages alertes, quoique riches en données techniques et macro-économiques, en trois heures de documentaire ? Grâce au réalisateur Maurice Dugowson et au monteur Fabrice Ferrari, la métamorphose de l’imposant pavé en un film accrocheur est réussie.

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Critique de film. La collection Histoires d’actualités aborde les rivages de l’Inde et du Pakistan. Lourde de dangers pour le monde, la difficile coexistence de ces deux États est ici détaillée.

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L’entrée en matière de ce montage d’archives est majestueuse. En 1899 à Bénarès, des opérateurs britanniques tournent les toutes premières images filmées d’une contrée ô combien mythique. Elles sont suivies de celles L’INDE, LES TOURMENTS DU SIECLErecueillies trente ans plus tard par une équipe d’Albert Kahn. Fastes des Maharadjahs obsolètes, plans fixes de passants : que savait-on de l’Inde en ce début de siècle ? Pas grand chose. Le commentaire se charge de dresser un rapide et efficace exposé de la situation. Au début du XXe siècle, elle est sous domination anglaise et comprend une multitude d’hindous, ainsi qu’une forte minorité de musulmans, lesquels sont majoritaires dans certaines régions.

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Critique de film. Ce film documentaire implacable décrit l’ascension et la chute du bras droit de Staline. Âmes sensibles, l’histoire de Beria n’est pas pour vous.

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Il se trouve toujours des biographes pour redorer le blason de personnages historiques abhorrés en leur temps. On imagine difficilement celui ou celle qui aurait cet aplomb en ce qui concerne Beria, après la vision de Beria, l’ange maudit de Staline, un film d’archives et de témoignages réalisé au couteau. Né en 1899, Géorgien comme Staline, Lavrenti Beria fut l’une des âmes damnées du tyran. « Aucun dictateur n’agit seul, ils dépendent tous de leurs subordonnés » explique l’historienne américaine Amy Knight. Et vice versa est-on tenté d’ajouter, car la vie de Beria est une longue série de manœuvres et de manipulations pour se hisser au pouvoir.

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Critique de film. Depuis 1981, Christophe de Ponfilly retourne régulièrement en Afghanistan, pays en guerre dont « tout le monde se fout, ou presque. » C’est du moins ce qu’il affirme au début de Massoud l’Afghan, un drôle de film qu’il faut voir pour sa singularité.

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Massoud l’AfghanC’est un récit à la première personne auquel il se livre, en images et en mots. L’auteur ne cache pas son engagement « partisan ». Portrait d’un pur héros, son film réclame la confiance de ses spectateurs. Par exemple, si l’on en croit le réalisateur, Massoud le chef de guerre n’est pas un homme à la recherche du pouvoir politique. Selon l’auteur, il y aurait renoncé en 1992, lorsqu’il prit Kaboul avec ses moudjahidin – la référence à Guevara ou à Makhno vient à l’esprit. Pourtant, loin de jouer contre son sujet, cette fascination est communicative. Elle donne envie d’en savoir encore plus sur l’homme, ses compagnons et son combat – hier contre les Soviétiques, aujourd’hui face aux talibans.

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Critique de film et interview. Pour la première fois, un film documentaire raconte l’histoire de l’Algérie depuis son indépendance, proclamée en 1962. L’historien Benjamin Stora évoque pour nous sa contribution à ce film.

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Une fois de plus, la collection Histoires d’actualité s’est penchée sur l’un de ces points chauds de la planète qui occupent le devant de la scène médiatique. Comme d’habitude, on se rend compte que l’on ignorait presque tout des fondements même d’un conflit désastreux. Le récit, signé de Jean-Michel Meurice, Fabienne Strouvé et l’historien Benjamin Stora, est découpé en deux parties : Les Années d’espoir (1962-1975) et Les Années de cendre (1975-1994). Il couvre trente ans durant lesquels les Algériens ont essayé de concrétiser les rêves nés pendant la guerre contre la France coloniale de bâtir une vraie nation. La méthode de la collection fait de nouveau merveille.

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Veillées d’armes 1Critique de film. Veillées d’armes est un film qui se penche sur ces héros des temps modernes que sont les grands reporters. Marcel Ophuls, son auteur, en dit beaucoup sur leur travail, notamment sur celui des journalistes de télévision. C’est aussi un documentaire sur Sarajevo assiégée et un plaidoyer pour la cause bosniaque.

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« La première victime en temps de guerre est la vérité », cette phrase extraite d’un livre de Philip Knightley est la clé du film. Les observateurs censés être impartiaux que sont les journalistes ont pour mission de témoigner de ce qu’ils voient, mais aussi d’apporter à l’opinion publique une somme d’informations cachées permettant… Quoi au juste ? À cette question, Marcel Ophuls tente de répondre au cours de ses presque quatre heures de film. Parti à Sarajevo afin d’en découdre avec ces grands reporters qui se sont ridiculisés lors de la guerre du Golfe, l’auteur s’est retrouvé plongé au cœur d’une communauté concentrée dans l’hôtel Holiday Inn. A priori goguenard, il est pourtant frappé par le courage de certains de ces professionnels qui risquent gros en parcourant Sarajevo et ses environs caméra sur l’épaule ou carnet en main, le cinéaste leur rend un hommage vibrant.

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psychoCritique de film. Sombre, tendue, la musique de Bernard Herrmann est surtout connue pour avoir illustré de nombreux films d’Alfred Hitchcock. Riche de nombreux extraits de films, son Portrait réalisé par Joshua Waletzky permet de comprendre l’importance de la musique et du son dans le cinéma.

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« Une atmosphère manipulant les émotions du public », ainsi est définie la musique de Bernard Herrmann (1911-1975) par son confrère Elmer Bernstein. C’est l’une des innombrables pistes ouvertes par les intervenants de ce Portrait passionnant. Bien souvent sous-évaluée, la musique de film a trouvé en Herrmann l’un de ses plus importants héros. D’esprit wagnérien, sa musique renvoie aussi l’auditeur vers un certain minimalisme initié par des compositeurs comme Charles Ives (dont Herrmann fut le « disciple » et le défendeur). Elle utilise un « matériel pauvre », comme l’explique Bernstein au piano. Ce qui est bouleversant chez elle, c’est son rapport à l’image.

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ShoahCritique de film et dossier. Chelmno, Sobibor, Treblinka, Auschwitz : c’est à partir de ses points d’arrivée, les camps d’extermination, que Claude Lanzmann traite de la « solution finale ». Film implacable, Shoah tente de dire l’indicible en un long voyage à travers l’enfer.

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« On ne peut raconter ça. Personne ne peut se représenter ce qui s’est passé ici. Impossible. Et personne ne peut comprendre cela. Et moi-même aujourd’hui… Je ne crois pas que je suis ici. Non, cela, je ne peux pas le croire. » Simon Srebnik est de retour à Chelmno en Pologne, le premier lieu où les Allemands appliquèrent la « solution finale ». C’est un homme revenu de l’enfer qui se trouve devant l’équipe de Claude Lanzmann en ce début de film. En est-il seulement revenu ? « Pour la première fois, nous vivons [l’affreuse expérience] dans notre tête, notre cœur, notre chair. Elle devient la nôtre » écrivait Simone de Beauvoir lors de la sortie de Shoah en 1985 *.

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Interview. Magazine d’information hors norme Strip-tease est né en Belgique voilà neuf ans et vient d’entamer sa troisième saison sur France 3. Chaque mois il propose quatre reportages réalisés suivant ce précepte : « La banalité des uns titille la curiosité des autres. » Rencontre avec Marco Lamensch, un de ses créateurs – l’autre étant Jean Libon -, ainsi qu’avec le journaliste Pierre Carles, contributeur régulier de l’émission.

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Un patron arabe dévoué à sa tâche, un producteur de films porno tyrannique, un couple modeste qui court les supermarchés afin d’alimenter seStreap-tease - Courses en tetes deux grands congélateurs, un beau et jeune berger qui veut devenir mannequin « à tout prix »… Le miracle s’est de nouveau accompli : on vient de regarder pendant une heure un nouveau numéro de Strip-tease et on n’a pas vu le temps passer. Ces quatre histoires n’ont a priori l’air de rien : on est loin, très loin des grands sujets proposés par les magazines d’information traditionnels. Trop discrètement programmé par France 3, la version française de Strip-tease – qui comporte trois sujets français sur quatre – a pourtant acquis une grande réputation, malgré ou plutôt grâce à sa modestie.

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Critique de film. La vie de Pierre Barouh est remplie de ces aventures qui n’arrivent qu’aux saltimbanques dans son genre. Un jour de 1969, ou plutôt une nuit, le cinéaste Pierre Kast lui propose de le rejoindre à Rio où il va tourner un film documentaire sur les rites macumba et cambomblé. Grâce à ce passionné de samba et de bossa nova qu’est Barouh, on pourraSaravahit en effet réunir quelques-uns des meilleurs chanteurs et musiciens brésiliens du moment. Barouh débarque le jour dit de l’avion pour apprendre que le cinéaste va quitter la ville afin de rejoindre Bahia. Qu’à cela ne tienne, ayant devant lui quelques jours, Barouh entraîne le cameraman et l’ingénieur du son de Kast auprès d’une poignée d’artistes. Filmé en totale improvisation, Saravah est la réunion de séquences pleines de vérité, à commencer par l’apparition des deux anciennes grandes vedettes populaires que sont Pinxiginha et João da Bahiana.

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Interview. Jérôme-Cécil Auffret fait partie de la maison de production Boréales depuis sa création en 1987. Pour elle, il a signé quelques épisodes de la série Les Seigneurs des animaux, contes dans lesquels l’ethnologie et l’éthologie croisent l’art cinématographique.

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Il a notamment réalisé Le Pélican de Ramzan le Rouge : en Inde, sur le lac Manchar, les pêcheurs Mohanna ont pour « hobby » la capture d’oiseaux dont ils agrémentent leurs jardins. Comme dans tous les villages, la jalousie pointe son nez de fouine… À la découverte d’un site magnifique, d’un peuple inconnu et d’animaux étonnants, s’ajoute le plaisir de suivre un récit tantôt poignant, tantôt amusant, captivant toujours. Tels sont les atouts de ce film et de la collection en général.

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Critique de film. The Atomic Cafe est un classique du montage d’archives. Grave et drôle à la fois, il mêle images d’origine militaire, films de propagande et bandes d’actualité pour raconter quinze années de vie américaine dominées par l’apparition de l’arme nucléaire.

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Lorsque explose la première bombe A, lancée sur Hiroshima en 1945, c’est l’euphorie, la fin de la guerre avec le Japon est proche. Les essais de nouvelles armes atomiques vont dès lors s’enchaîner sur fond de guerre froide contre « les communistes ». Quand on apprend que les Soviétiques ont fait sauter leur propre engin, la peur s’installe – on cherche le meilleur moyen de se protéger des effets dévastateurs de la bombe -, puis la paranoïa. – les espions sont partout. Le nouveau président Eisenhower tente de rassurer les Américains : « C’est Dieu qui a donné sa force à l’Amérique. » À la fin des années 1950, les secrets qui entourent la bombe sont peu à peu percés.

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Interview. En trois ans, Patrick Rotman est devenu l’une des figures familières du petit écran. Pour leur quatrième saison, Les Brûlures de l’Histoire changent de formule en se concentrant sur la lecture des images d’archives.

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PATRICK ROTMANDepuis 1993, les Brûlures de l’Histoire ont acquis une enviable renommée au delà du cercle des historiens. Durant la première saison, l’émission lancée par Patrick Rotman et Laure Adler est hebdomadaire (malgré leur propre souhait ; ils la voulaient mensuelle) et se partage entre montage d’archives et entretien avec un historien. À partir de la saison suivante, Rotman, seul, conçoit et présente des Brûlures enfin mensuelles. En réalisant une émission sur les vœux télévisés des présidents français, Patrick Rotman a eu un « déclic » : décidément, l’analyse des images est indissociable de la réflexion sur les faits historiques. Le présentateur, concepteur et monteur des Brûlures a décidé d’accentuer cet objectif, présent depuis le début du magazine.

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CROSSING THE BRIDGE – THE SOUND OF ISTANBUL 2Critique de film et de disque. Istanbul, les sortilèges de l’Orient, la danse du ventre… Pourquoi pas ? En tout cas, ce n’est pas cela qu’a choisi de montrer le cinéaste Fatih Akin dans Crossing the bridge – The Sound of Istanbul. Son film ne peut que surprendre celles et ceux qui ne connaissent pas bien la grande ville turque. C’est à une flânerie musicale à laquelle il nous convie. Sans chercher à être exhaustif, il présente des artistes fort différents les uns des autres. Le « guide » en est Alexander Hacke, bassiste du groupe allemand Einsstürzende Neubauten. Celui-ci a découvert Istanbul alors qu’il écrivait la musique de Head-on, le précédent film de Akin qui raconte une corrosive histoire de mariage. On le voit s’installer au Grand Hôtel de Londres, puis errer dans les rues du très animé quartier de Beyoglu. Il a avec lui une arme d’enregistrement massive, un micro extraordinaire qui, branché sur un studio portable, lui permet de capter les chansons des artistes rencontrés. La qualité du son est phénoménale, au point que l’on a l’impression d’écouter des play-back. Mais non, c’est du direct. Le disque qui accompagne la sortie du film est l’impeccable reflet de cette balade filmée.

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Liste des critiques de films et séries publiées sur ce blog.

Avec liens.

Classées de A à Z.

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Interview. Chacun des grands conflits qui agitent aujourd’hui le monde a des racines historiques que l’information télévisée n’aide pas vraiment à saisir. La collection Histoires d’actualité permet aux téléspectateurs d’y voir plus clair. Depuis 1990, elle nous a plongé dans l’histoire contemporaine de la Pologne (Solidarnosc), de l’Afrique du sud (Apartheid), de la Palestine (Histoire d’une terre), de la Yougoslavie (Genèse d’un conflit), du Caucase (Chaos d’empire), de l’Asie centrale (États d’urgence). Après l’Algérie, les prochains numéros seront consacrés à l’Inde, au Tibet et à l’Europe. Peintre et cinéaste, Jean-Michel Meurice est le créateur de cette collection. Il explique ci-dessous pourquoi, lorsqu’on regarde ses Histoires d’actualité, on a l’impression de voir l’histoire en marche.

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Duel in the Sun - King VidorCritique de film. L’auteur de Taxi Driver et de Casino met les petits plats dans les grands. Miracle : avec son Voyage à travers le cinéma américain, il nous sert un repas à la fois pantagruélique et digeste.

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En près de quatre heures, on découvre avec Martin Scorsese ce que les films américains ont de particulier et d’universel. « Je ne peux parler que des films qui m’ont ému et intrigué ; c’est impossible d’être objectif. C’est un peu comme un musée imaginaire : impossible d’en visiter toutes les salles. » En ne cherchant pas à être exhaustif, il l’est presque, tout au long d’un cours magistral palpitant. Maître Scorsese combine sa pratique de cinéaste, un savoir théorique sans faille de cinéphile et la fascination du cinéphage, éternel enfant joyeux d’aller au ciné le samedi soir. On retrouve dans ce Voyage la même intelligence que dans L’Itinéraire d’un cinéfils du critique français Serge Daney mais, différence capitale, le propos est ici étayé par une abondance d’extraits de films qui fait rêver.

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November DaysCritique de film. L’enthousiasme de l’opinion occidentale après la chute du Mur de Berlin est passé au crible de l’analyse de l’auteur du Chagrin et la pitié pour un film produit par la BBC et FR3 en 1990. Après le procès Barbie (Hôtel Terminus), Marcel Ophuls revenait une fois de plus sur les séquelles de la Seconde Guerre mondiale. Poil à gratter à volonté !

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« C’est merveilleux » s’écrie une jeune femme. Grâce aux images des journaux télévisés de la BBC, Marcel Ophuls a retrouvé une dizaine de ces Berlinois de l’Est qui se ruèrent à l’ouest en cette soirée mémorable où le mur s’effondra. « J’ai l’impression que les moments de libération sont des moments érotiques » confie Ophuls à un homme qui vécut une éphémère histoire d’amour dans les mois qui suivirent. Comme à son habitude, le cinéaste emploie des extraits de films de fiction, notamment des scènes chantées, pour accentuer les propos des uns et des autres : voici Marlène en Ange bleu berlinois (« Je suis faite pour l’amour… »), puis des images d’archives nous montrent des soldats est-allemands embrassant les filles (ou l’inverse)… Ces belles séquences cèdent bientôt la place à un récit racontant les événements politiques qui se sont déroulés après la chute du Mur.

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film « Studio One Story » 2Critique de disque et de film. Il y a à voir et à écouter dans cette passionnante  Studio One Story qui comporte un cd et un dvd. Ce dernier supporte un film documentaire dont le personnage principal est Clement « Coxsone » Dodd, mythique parrain de la scène musicale de Kingston-Jamaïca et patron de Studio One – nom qui qualifie aussi bien un lieu d’enregistrement qu’un label et qui, finalement, à son énoncé, a le pouvoir d’une formule magique chez les passionnés de reggae. Voici donc ce fameux Mr Dodd qui, durant près de trois décennies – grosso modo de 1960 à 1985 – a fait travailler tous les musiciens, chanteurs et arrangeurs ayant compté en matière de ska, rocksteady et reggae roots. Pendant quatre heures, « Coxsone » et quelques-uns des acteurs majeurs de cette aventure (artistes, techniciens, clients des sound systems…) racontent aussi bien les temps forts de l’histoire du reggae que des anecdotes, quelques images d’archives en sus.

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Critique de livre. Les kommounalki sont de grands logements que se partagent actuellement 17 millions de Russes. Ce chiffre diminue peu à peu, car les nouveaux nantis de l’actuel régime guignent ces appartements hérités de la période tsariste et mis à la disposition du peuple lors de la Révolution russe. Ils sont en effet situés dans des immeubles bourgeois et des palais aristocratiques des anciens beaux quartiers. Françoise Huguier nous fait pénétrer dans l’un d’eux à travers ses photographies, qu’elle accompagne de textes concis nous permettant de bien saisir sa démarche. Elle a découvert ces lieux de vie voilà une quinzaine d’années à la faveur de ses pérégrinations en Sibérie.

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« Le Chagrin et la pitié » - Frères GraveCritique de film. En 1969, Marcel Ophuls finit le montage de son film Le Chagrin et la pitié, dont la diffusion est prévue par l’ORTF dans le cadre d’une série de documentaires historiques. Censuré par les responsables de l’audiovisuel public de l’époque, le film ne sera en fait programmé qu’en 1981 sur FR3. Séance d’électrochoc sur la mémoire, c’est une remise en cause de l’histoire de France entre 1940 et 1944, telle qu’elle était en général racontée à l’époque. Les Français avaient résisté contre les nazis et leurs collaborateurs, lesquels étaient une minorité. Sans doute, oui mais…

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On n’a pas fini de découvrir les richesses de ce film dont beaucoup de gens parlent sans l’avoir vu ou l’évoquent sans en avoir un souvenir précis, en raison de la complexité des propos qui y sont tenus. Ainsi ce pharmacien qui raconte ce qu’il a vu et vécu durant l’Occupation devant ses enfants respectueux et néanmoins avides de réponses claires – mai 68 n’est pas loin. Que dit-il ? Qu’il était tiraillé par des sentiments aussi contradictoires que le chagrin et la pitié – c’est lui qui donne son titre au film -, mais qu’il a aussi ressenti de la honte, un soulagement tout en sentant monter en lui un vent de révolte. En résumé : il explique qu’il lui était difficile de prendre parti.
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Interview. Jean-Pierre Azéma est un historien spécialiste de la période de l’Occupation de la France durant la Seconde Guerre mondiale. Il donne ici son avis sur le film Le Chagrin et la pitié de Marcel Ophuls.

Jean-Pierre Azéma÷

Comment avez-vous perçu Le Chagrin et la pitié lors de sa sortie ?
Il m’a beaucoup intéressé, tant par ses images que par son projet. Mais aussi en raison des réactions qu’il a provoqué chez ses spectateurs. Je l’ai vu dans un cinéma des Champs-Élysées, c’était très intéressant : ce qui prédominait, c’était très largement le silence.

Que pensez-vous du film aujourd’hui ?
Rétrospectivement, c’est un film qui fait date, un repère pour nous dans l’histoire de Vichy après Vichy. Pour plusieurs raisons. 1) Le film a été censuré, ce qui n’est pas négligeable. Cela donne à réfléchir sur la contre-culture que le film voulait propager. 2) Par le biais d’archives et de témoignages, il a analysé la vie des Français sous Vichy. À cet égard c’était extrêmement important. Jusqu’à ce moment, on avait Vichy vu d’en haut. Là, on avait une approche de Vichy vu d’en bas, centrée sur quelques lieux très précis. 3) Très rétrospectivement, on considère à tort et à raison que c’est le début de ce qu’on a appelé la mode rétro dans les années 1970.

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Interview. « Cela vous étonne que je prenne ma retraite ? » Le cinéaste Marcel Ophuls en a assez. Consacrer des années à trouver des financements et à se documenter, à voyager en tout sens lors des tournages, puis à s’enfermer en salle de montage : voilà qui est usant, même pour quelqu’un qui, comme lui, a essuyé tant de tempêtes. Le troisième volet de Veillées d’armes sera « sans doute mon dernier film » prévient-il. Cette annonce nous chagrine et fait pitié pour le cinéma français…

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Marcel OphulsMarcel Ophuls est le fils de Max Ophuls (1902-1957), cinéaste français d’origine allemande qui a beaucoup travaillé à Hollywood. C’est aux États-Unis que Marcel, né en 1927 à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), a passé ses jeunes années. Après avoir été l’assistant de son père sur Lola Montès, il réalise deux films de fiction (Peau de banane, 1963, et Feu à volonté, 1965) avant de travailler pour la télévision française. Il fait du reportage et bientôt, à la demande de André Harris et Alain de Sédouy, il devient presque malgré lui un spécialiste du documentaire historique. En 1967, il réalise Munich ou la paix de cent ans puis, en 1969, Le Chagrin et la pitié, un film dans lequel la vision gaulliste des années d’Occupation est mise à mal. Refusé par l’ORTF, le film est diffusé dans les salles de cinéma avec un grand succès.

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Interview. Dans Crossing the Bridge, le cinéaste germano-turc Fatih Akin propose une vivifiante promenade dans les milieux musicaux d’Istanbul sous forme de film documentaire. Nous emmenant des deux côtés du Bosphore, il nous fait tout aussi bien rencontrer des adeptes de l’électro qu’un joueur de saz (instrument traditionnel), des punks rockers, des derviches tourneurs ou des rappeurs… Tous sont à la fois profondément fiers de leur culture et ouverts aux influences venues du monde entier.

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Le film est si riche que l’on a le sentiment qu’il pourrait ne jamais se conclure…
Absolument. À la fin du tournage, Alexander Hacke [bassiste du groupe allemand Einstürzende Neubauten, il sert de guide à l’écran] m’a dit : « Ce n’est pas possible de s’arrêter là, je ne peux pas quitter la ville comme ça. » Je pensais la même chose. Il y a tellement de fleurs qui se tournent vers le soleil, et cela de plus en plus. Enfin, l’essentiel c’est que ce film donne envie d’aller sur place, d’en savoir davantage.

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Interview. Yamina Benguigui a parcouru le monde musulman afin de réaliser un film documentaire qui cherche à comprendre ce qui s’y passe du point de vue féminin. Femmes d’Islam est à présent disponible en DVD chez MK2, de même que Mémoires d’immigrés, autre grande fresque de cette cinéaste, qui évoque le sort vécu par ces Algériens, hommes et femmes, qui ont quitté leur terre natale pour venir travailler en France. Leurs enfants y ont également droit à la parole. Enfants, dont l’auteure fait partie.

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Dix ans après le tournage de Femmes d’Islam, quelles traces ce film a laissé en vous ?

Je me souviens que lorsque j’allais présenter le sujet dans les chaînes de télévision, il semblait exotique, pas vraiment capable de concerner les sociétés française et européenne. J’avais pourtant le sentiment que, depuis l’avènement de Khomeini, le monde musulman était dans une période de mutation et que les répercutions sur la France allaient être importantes. Observer comment les femmes musulmanes vivaient dans plusieurs pays permettait de mesurer la température de chacun d’entre eux. Nous sommes allé en Algérie, en Égypte, au Yémen, au Mali, en Indonésie et nous avons également enquêté en France.

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Critique de film et interview. Avec Tzedek-Les Justes, l’écrivain Marek Halter rend hommage à tous ces gens qui, au risque de leur vie, ont sauvés des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Des Justes qui sont restés humains au cœur de la barbarie.

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Tzedek n’est pas à proprement parlé un documentaire historique. On n’y trouve ni documents d’archives ni rappel des événements qui ont ponctué le Zaineba-Hardaga-et-Marek-Halter-à-Sarajevo-©-DRdéroulement de la Seconde Guerre mondiale et de la politique d’élimination physique des juifs menée par les nazis. Ce premier film d’un homme de lettres est en somme une accumulation d’histoires glanées à travers toute l’Europe. Les uns, telle cette Polonaise, ont fait partie d’un groupe de résistants qui a permis d’extraire environ 2 500 enfants du ghetto de Varsovie. D’autres, comme cette Parisienne, a recueilli les deux enfants de ses voisins emmenés par les policiers, avec la complicité de l’un d’eux.

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Critique de film. Les journaux télévisés sont-ils le reflet de la réalité ? Le cinéaste documentariste américain Ross McElwee tente de trouver une réponse au cours d’un film inclassable et mystérieux.

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Le film commence au son d’une berceuse. Réalisateur de plusieurs films au ton très personnel, Ross McElwee vient d’avoir un petit garçon. Quand il regarde les Six O’Clock News, journal télévisé bourré de faits divers sanglants, il se sent saisi d’angoisse. Quoi, c’est dans ce monde qui a perdu la boule que va grandir son enfant ? Pour en avoir le cœur net, le cinéaste entame une longue balade à travers l’Amérique profonde afin d’aller à la rencontre des témoins et acteurs de catastrophes et de crimes vus à la télé. Une voix off commente à la première personne, mais sans nombrilisme, cette plongée dans l’imaginaire américain obsédé par le crime, la sécurité, Dieu et la télévision. Chemin faisant, Ross McElwee tente de se débarrasser du sentiment de paranoïa qui le gagne.

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Critique de film. Chili, la mémoire obstinée montre comment, toujours plongés dans la douleur, les partisans d’Allende ont beaucoup de mal à faire leur deuil de leurs camarades disparus et de l’espoir vaincu.

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Dix-sept ans après le coup d’État du général Pinochet durant lequel il fut arrêté, le cinéaste Patricio Guzmán revient chez lui à Santiago avec les bobines de son film La Bataille du Chili, longtemps censuré. Ce cinéaste militant l’a réalisé durant la législature avortée du « camarade président » Salvador Allende. Son but était alors de retranscrire sur pellicule une « révolution pacifique » acceptée par les électeurs mais honnie par les conservateurs et l’armée. Aujourd’hui, le réalisateur raconte une heure durant son voyage à travers la mémoire des événements. La sienne, celle de ses camarades et celle d’un groupe d’étudiants. Tout du long, la Sonate au clair de lune de Beethoven est pianotée de manière hésitante par l’oncle de Patricio Guzmán, seul membre de sa famille à avoir survécu.

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