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Posts Tagged ‘Musiques d’Afrique’

Dossier. Espaces où se concentrent et se brassent des populations venues de divers horizons, les villes sont des lieux propices à l’émergence de formes musicales originales. Issues de cultures locales, nourries d’influences extérieures, modernisées ou respectueuses de la tradition, elles sont devenues des emblèmes de ces cités, voire d’un pays tout entier. Les découvrir au cours d’un séjour fait partie des bonheurs que l’on peut s’offrir lors de ses voyages. Nous vous invitons dans ce dossier à suivre de belles partitions à travers le monde.

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ray-lema-headbug-1Interview. Inclassable, Ray Lema joue toutes sortes de musiques depuis longtemps. C’est ainsi qu’il a créé la sienne propre, au gré de ses pérégrinations entre son Congo natal, divers autres pays africains, les États-Unis, le Brésil ou la France où il s’est établi. Excellent pianiste et chanteur, il emprunte en ce moment les voies du jazz, résolument, mais à sa manière, à la fois grave et joyeuse, très abordable et sophistiquée.

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Reprenant un propos de Miles Davis, vous dites souvent « Le jazz n’est pas une musique, c’est une attitude »

C’est une phrase très importante pour moi. Pendant longtemps, j’ai été intimidé par le jazz, une musique très réglementée qui s’apprend à l’école ou dans un conservatoire, qui possède une dimension quasiment scientifique. Moi qui n’ai pas fréquenté ces institutions, quand je suis tombé sur ce propos, je me suis dit « pourquoi pas moi ? » et j’ai sauté le pas.

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Akalé Wubé 2Interview. Akalé Wubé est l’une de ces formations d’éthio-jazz que l’on trouve un peu partout dans le monde et singulièrement en France, chacune développant son propre style en s’appropriant les bases de l’envoûtant groove créé à Addis-Abeba durant les années 1960 et 1970. Le batteur David Georgelet nous explique la démarche de cet impeccable groupe.

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Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’éthio-jazz ?

Au départ, il y a la découverte de la collection de disques Éthiopiques, éditée par Francis Falceto pour le label Buda, par le trompettiste Paul Bouclier. Il aimait tellement cette musique qu’il a eu envie de former un groupe avec des jazzmen comme moi pour la jouer. Elle est fascinante. Ce qui est frappant, c’est qu’à la première écoute, vous ne pouvez pas l’identifier. Elle ne ressemble pas aux genres africains qui nous sont familiers. Bien souvent, on l’imagine venir d’Asie car les gammes utilisées sont proches.

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Critique de disque. C’est par ce chanteur que le monde ébahi a découvert l’incroyable musique populaire moderne d’Éthiopie. Nous étions en 1986, alors que l’ancien royaume de l’autoritaire Hailé Sélassié était dirigé par une junte militaire. Sorti cette année-là en MAHMOUD AHMED « Alèmyé »Europe bien qu’enregistré une décennie plus tôt, l’album Erè Mèla Mèla de Mahmoud Ahmed devint instantanément un classique de la « world music » naissante. Jusque-là, seuls quelques voyageurs ou expatriés connaissaient l’étonnante pop éthiopienne. A leur retour chez eux, ils s’amusaient à faire écouter des cassettes en blind test à leurs amis. Qu’est-ce que c’est ? D’où ça vient ? Peut-être est-ce Fela Kuti avec des jazzmen birmans et un chanteur d’Asie centrale ? Ou alors un soulman complètement barré dans un trip arabisant ? On se perdait en conjectures. Il fallait savoir que ce que l’on écoutait était basé sur des formes et des rythmes traditionnels d’Éthiopie et que c’était joué par des instrumentistes fort urbains, sensibles au jazz, au rock et au rhythm’n’blues. Ce qu’il y avait peut-être de plus fascinant, c’était les voix des chanteurs, celle de notre ami Mahmoud Ahmed au premier chef.

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Critique de disque. C’est d’une fraîcheur et d’un dynamisme rares et cela provoque une envie de danser irrépressible. Tel est le kwaito, le tempo selon lequel bat le cœur de la jeunesse sud-africaine. L’onde de choc de l’explosion house music partie de Chicago au milieu des années 1980 a rapidement atteint la TALES OF URBAN S.A. - KWAITO & HOUSEGrande-Bretagne, puis le monde entier. Si le genre existe encore en tant que tel, il a perdu sa suprématie parce que la famille électro s’est, depuis ces temps héroïques, considérablement enrichie de nombreux genres et sous-genres. Il reste au moins un pays ou ce rythme joyeux et bondissant est toujours vivace : l’Afrique du Sud. C’est dans les townships qu’il s’est formidablement acclimaté, dans ces quartiers populaires qui furent des zones de relégation durant l’apartheid, ségrégation qui a sévi dans le pays durant une quarantaine d’années. Lorsqu’au début de la décennie 1990, la minorité afrikaner renonça à monopoliser tous les pouvoirs, les jeunes issus des populations premières (Zoulous, Xhosas, etc.) se mirent à espérer en des temps meilleurs. C’est à ce moment-là que le kwaito apparut, particulièrement à Johannesburg (le terme se décompose ainsi : Kwaî pour énergie, To, pour township).

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Critique de disque. Ah ça ! Voici une formidable collection qui va nous tenir en haleine pendant longtemps. Éditée par Buda, label qui a déjà lancé quelques fameuses séries telles qu’Éthiopiques et Angola, Zanzibara se propose de faire découvrir les musiques ZANZIBARApopulaires swahili de la côte orientale africaine, du moins celles qui se rapprochent le plus de la culture arabe. À l’évidence, c’est à Zanzibar que l’on peut écouter les répertoires les plus manifestement influencés par les styles égyptiens. À coup de violon, d’oud, de qanun et d’accordéon, on y pratique entre autres le taarab, une musique voluptueuse qui mène à l’extase ou, plus modestement, réconforte ses auditeurs. L’un des orchestres de l’île qui défend le mieux ce style est l’Ikhwani Safaa Musical Club (le club musical de l’amicale fraternelle), celui-là même que l’on entend sur le volume 1 de la collection. Comme ce club existe depuis un siècle, il ne manque pas de chansons sublimes à nous offrir. On fond en dégustant quelques superbes morceaux de choix portés par des musiciens et des vocalistes, hommes et femmes, qui sont là juste pour leur plaisir – la musique n’est en général pas leur métier – et le notre.

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Critique de disque. Durant plusieurs décennies, à partir du moment où la radio et le disque se sont répandus sur le continent, la musique congolaise a envahi toute l’Afrique sub-saharienne. Et même au-delà, jusqu’au Japon, où des groupes locaux se sont mis au soukous. Après avoir parfaitement exploré les GOLDEN AFRIQUE, vol. 2 (Network)répertoires d’Afrique de l’Ouest dans un premier volume, les compilateurs de Golden Afrique poursuivent leur beau travail avec une nouvelle et parfaite anthologie couvrant une fois de plus la période 1950-1980. Les stars sont là, tout comme les glorieux inconnus, ceux que seuls des connaisseurs peuvent dénicher. « Indépendance cha cha cha », qui figure ici, est de multiples façons exemplaires. C’est en effet un titre qui a servi d’hymne festif à toutes les nations africaines qui recouvrèrent leur liberté au tournant des années 1950 et 1960. C’est également une merveilleuse adaptation locale des rythmes cubains tels qu’on les appréciait alors sur le continent. Enfin, il permet de saluer Joseph Kabasele, surnommé « Grand Kallé ». Lui et son concurrent, Franco Luambo Makiadi qui connaîtra une grande renommée à la tête de son Tout Puissant OK Jazz, ont posé les bases de la rumba congolaise appelée aussi soukous. Cuivres éclatants, guitares électriques tricoteuses, percussions métronomiques, voix angéliques : tout concourt à provoquer une sorte d’hypnose et incite à bondir sur la piste de danse.

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Critique de disque. « Je ne fais pas de maloya traditionnel, mais je m’en inspire » explique clairement Davy Sicard. Cette précision évite bien des débats. Considérant le maloya comme une forme de blues, il se nourrit de ce très percussif genre musical typiquement Ker Maronréunionnais pour écrire des mélodies dans la veine soul. L’identité réunionnaise est le thème qui traverse chacun des airs du disque. Il ne s’agit aucunement de brûlots nationalistes. Le chanteur expose en fait de légitimes réflexions sur ses origines, sur l’histoire de son peuple et sur sa culture. S’exprimant en français et en créole, Davy Sicard dit parfois les choses directement mais, la plupart du temps, il poétise avec grâce son discours. Ainsi, ses chants d’amour sont-ils à double sens. Il s’adresse par exemple à la liberté comme à la femme de sa vie. C’est très joliment fait, d’autant plus que les textes sont merveilleusement chantés par leur auteur, lequel est un vocaliste expérimenté.

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Critique de disque. Le commerce équitable entre le Nord et le Sud produit d’excellents résultats. Ellika et Solo le prouvent en s’échangeant avec simplicité de petites notes ELLIKA & SOLO « Abaraká ! Tack ! »légères, quasi insouciantes. Ellika Frisell est une violoniste suédoise, Solo Cissoko un chanteur et joueur de kora sénégalais. Tous deux se sont rencontrés au cours d’une séance d’impro dans un club de Stockholm, après avoir chacun de leur côté travaillé un bon moment dans et hors leur milieu culturel d’origine. Ellika est une figure reconnue du folk scandinave et a mélangé ses sons avec des Indiens, ce qu’a fait aussi Solo, artiste qui dans le passé fut invité à jouer avec des vedettes de son pays (Youssou n’Dour, Touré Kunda…). Ce qui frappe le plus à l’écoute de ce disque est que la fusion à laquelle se livre le duo semble absolument naturelle.

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Critique de disque. Si vous vous êtes déjà rendu à Chinguetti, cité entourée de dunes qui se situe dans la région de l’Adrar en Mauritanie, la musique de Moudou ould MatMOUDOU OULD MATTALLAtalla vous est peut-être familière. Ce guitariste se produit en effet régulièrement devant les voyageurs en quête de bonnes vibrations. Mais si vous ignorez tout du lieu et de sa culture, voici un album qui va vous donner envie de vous rendre fissa dans ce coin du Sahara. Surtout si vous êtes déjà adepte des compositions du Malien Ali Farka Touré, car Moudou ould Mattalla est son « cousin » mauritanien. En pinçant les cordes de sa guitare électrique, qui sonne souvent comme le luth tidinit local, il fait passer à sa manière d’identiques sensations blues subjuguantes – son attrait pour cet instrument est né à l’écoute de groupes tels que Pink Floyd et… Scorpions.

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Critique de disque. Mamani Keita appartient à cette génération de vocalistes et musiciens africains établis en France dont le travail est sensiblement différent de celui que mènent leurs confrères restés au pays. Comme Rokia Traoré ou Fania, cette chanteuse élabore son propre style au contact de collègues français. Electro Bamako, un premier album réalisé avec Marc Minelli nous l’avait montrée très à l’aise dans un environnement sonore essentiellement conçu à partir de machines. Elle s’offre ici une aventure différente avec Nicolas Repac, une de ces figures inclassables qui abondent à présent sur la scène musicale française. En tant que guitariste et arrangeur, il est passé sans aucune gêne de la chanson (Arthur H) au jazz (Michel Portal), par exemple, et développe un univers personnel à travers des disques singuliers dont l’un se nomme malicieusement Lovni.

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Critique de disque. Ah ! Ce que l’on aurait aimé être là quand ce disque a été enregistré ! Frédéric Galliano, le producteur, a installé son studio nomade à Farakala, village situé au sud du Mali. C’est donc à deux pas de la brousse environnante que se sont rTRILOK GURTU AND THE FRIKYIWA FAMILYetrouvés d’incroyablement bons musiciens. L’idée était de plonger Trilok Gurtu dans l’univers mandingue. Ce percussionniste indien n’est pas un novice en matière de mélange des cultures. On l’a entendu sur de nombreuses scènes jazz au côté d’expérimentateurs tels que John McLaughlin, Joe Zawinul, Jan Garbarek ou le regretté Don Cherry. Il a aussi collaboré avec cet autre maître des rythmes qu’est le Brésilien Nana Vasconcelos ou encore l’inclassable Neneh Cherry… Bref, lorsqu’il rencontre des camarades de jeu prêts à tout, il fonce. Ici, il a relevé un défi : n’employer que des instruments locaux tout en restant fondamentalement indien.

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Critique de disque. Un vrai délice : simplicité, calme et volupté. La musique que nous joue ce guitariste capverdien est renversante, en ce sens qu’elle donne envie de s’asseoir ou de s’allonger afin de se laisser envahir par un flot de notes d’une grande beauté et d’une extrême douceur. Humbertona a enregistré les treize thèmes de cet album en 1973 et 1974 alors qu’on était encore très loin du succès planétaire emporté par Cesaria Evora. On trouve d’ailleurs dans cette sélection d’airs classiques du Cap-Vert certaines compositions qu’a interprétées la diva de l’archipel, notamment « Miss Perfumada ». Une guitare solo, une autre en accompagnement, ainsi qu’un cavaquinho (guitare à quatre cordes d’origine portugaise), c’est, pour l’essentiel ce que l’on entend ici. Humbertona, le soliste, est de ces guitaristes qui font chanter leur instrument. Résultat : il nous tient en haleine, à l’image des meilleurs vocalistes.

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Critique de disque. Voilà une précieuse anthologie. Riche de quarante titres, elle nous plonge dans la cave aux trésors de la musique populaire et urbaine angolaise. Elle couvre la période 1965-1975, décennie qui précéda l’indépendance de l’ancienne colonie portugaise. Histoire de signifier en douceur au « maître » que l’âme angolaise ne lui appartient pas, on met un point d’honneur à chanter dans les langues en usage dans le pays et sur des rythmes locaux – cependant, ceux-ci subissent l’influence de la fusion afro-cubaine alors en vogue chez les voisins congolais, laquelle est fertile en soli de guitare finement ciselés. Il est prodigieusement réjouissant d’écouter ces ballades (lamentos) et ces invitations à la danse (sembas), toutes d’une fraîcheur absolue.

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Critique de disque. C’est l’histoire d’une vedette du rock anglais, Damon Albarn, qui s’ennuyait un peu au faite de sa gloire. Pour changer d’air, le chanteur de Blur a mis en route deux projets plus qu’aboutis. Gorillaz, le premier, a frappé dans le mille : on s’est partout emballé pour ce disque en forme de brillant jeu de piste à travers les musiques en vogue du début des années 2000. Visiblement, Albarn bouillonne d’idées car, pour le second projet, il s’est envolé vers le Mali afin d’enregistrer des vocalistes et des instrumentistes, tels que le joueur de kora Toumani Diabaté, ainsi que leurs proches. L’un des intérêts de cette opération réside dans son impureté même. A l’évidence, Albarn n’est pas un spécialiste de la musique ouest-africaine. Mais c’est ce qui le rend libre d’aller au bout de sa démarche. Tout en respectant l’apport des artistes maliens, il se sert de leurs interventions pour créer un objet musical inédit et très personnel.

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Critique de disque. S’étant complètement émancipé, Manu Chao a les moyens de faire exactement ce qui lui plaît. Tous les artistes qui possèdent cette chance n’en profitent pas. Mystère… Chao lui si. Après des années de vadrouille, le vagabond latino-parigot a passé un hiver dans sa ville natale, le temps d’enregistrer une flopée de nouvelles chansons. À son rythme, comme il les entendait et en cherchant à les présenter d’une manière inédite. Il en résulte un disque accompagné d’un livre signé avec le graphiste Woźniak. Les dites chansons rappellent celles des deux précédents albums studio de Chao, mais également certaines autres datant de l’époque de la Mano Negra. Dans les années 1980, nombre de groupes « alternatifs » ne rechignaient pas à pratiquer une sorte de rock musette. C’était souvent l’occasion de chanter Paris, ce qui est justement le sujet de cet album. Pas le Paris des rupins, bien sûr, mais celui des faubourgs, là où ça fait parfois froid dans le dos et souvent chaud au cœur.

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Critique de disque. Des paysans chantant tout en travaillant la terre, rythmant de leur voix et d’instruments légers chaque phase de leurs activités : ces scènes champêtres sont fort banales pour tout Africain ayant des attaches à la campagne. Le voyageur, ou le spectateur européen de films documentaires, lui, reste innocemment ébahi par la force et la beauté de ces traditions musicales. Celles-ci peuvent être très riches, comme dans ces territoires du Nord Bénin, près de la frontière togolaise, où s’est rendu Charles Duvelle en 1962. À cette époque, ce jeune musicien de formation classique s’est libéré des préjugés inculqués par les tenants de l’académisme européen en reconnaissant l’évidence : on trouve de la bonne et grande musique partout dans le monde. Cela n’a l’air de rien aujourd’hui, mais il fallait le faire. En passant de l’une à l’autre des dix-sept pièces de ce volume figurant dans la collection Prophet, que Duvelle dirige lui-même, on est ébloui et excité par ce qu’on entend.

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Critique de disque. Réunissez trois musiciens amis dans un studio et laissez les faire ce qu’ils veulent. Cela peut donner n’importe quoi, ou bien provoquer un petit miracle. Gérald Toto, Richard Bona et Lokua Kanza ont tenté l’aventure et… bien leur en a pris. Toto l’Antillais, Bona le Camerounais et Lokua le Congolais font partie de cette génération de musiciens et chanteurs ultramarins qui se sont épanouis en accompagnant des vedettes françaises ou états-uniennes avant de voler de leurs propres ailes. Ce sont donc des instrumentistes confirmés et des vocalistes aguerris. Captées au domicile de chacun et en studio, les chansons de cet album semblent n’avoir connu aucune difficulté à être conçues. L’ambiance est de type « africaine », sans que l’on puisse dire de quel pays précis vient la musique que nous écoutons.

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Critique de disque. L’île de Zanzibar recèle nombre de trésors, parmi lesquels on trouve de splendides boites à musiques. Ce que l’on y écoute peut paraître surprenant à qui ne connaît ZANZIBAR – DE L’AME A LA DANSE (Jahazi Media)pas par cœur son histoire de l’Afrique de l’est. Funeste centre de tri d’esclaves, Zanzibar n’en fut pas moins un carrefour culturel où, pendant des siècles, se sont côtoyé et croisé les peuples venus des terres bordant l’océan Indien. En conséquence, ses musiques sonnent de manière très originale, à force d’emprunts successifs à une multitude de traditions et de pratiques. Deux genres sont exposés dans cette très agréable anthologie en forme de double album. Le premier disque est dédié au taarab. Un grand orchestre à la mode du Caire et des voix de brousse : ainsi pourrait-on résumer cet art servi par de nombreux musiciens semi professionnels qui se réunissent le soir dans des clubs associatifs. Pas fier, même s’il est issu des nobles musiques savantes égyptiennes, à la fois gai et mélancolique, le taarab vous accompagne voluptueusement dans vos rêveries.

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Critique de disque. Une voix presque enfantine, dont la pureté vous atteint en plein cœur. C’est celle de Terezinha Araújo, fameuse chanteuse des îles du Cap-Vert – où elle est très impliquée dans les affaires culturelles. Son parcours peut paraître étonnant si l’on ne se souvient pas d’une période pas si lointaine durant laquelle les relations artistiques nord-sud prenaient des voies non balisées par le show business occidental. En effet, Terezinha Araújo a, dans les années 1960, suivi ses parents qui se sont exilés en Guinée quand leur pays était encore une colonie portugaise. Chez Sékou Touré, alors figure de proue du camp « progressiste » dans le Tiers Monde, on affichait un soutien appuyé aux anticolonialistes du Cap-Vert et de Guinée Bissau. Artiste précoce, Terezinha monte sur scène à Conakry et sidère le public. L’enfant prodige s’envole ensuite pour l’Europe de l’est. C’est en Union Soviétique qu’elle se forme à la musique et à l’enseignement. Adulte, elle quittera le « paradis socialiste » à la veille de l’effondrement de ce dernier, pour retrouver son pays et donner la pleine mesure de son talent.

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Critique de disque. Des voix, des lyres, des vièles, des flûtes, des arcs, quelques hochets : les chants et musiques des peuples Luo, Gusii et Kuria font dans la simplicité. De cultures à la fois proches et différentes, ces agriculteurs et pasteurs vivent près du Lac Victoria qu’ils appellent Nyanza – étendue d’eau qui, selon la légende, a été créée par le géant Lolwe lors d’une nuit où il fut pris d’une envie pressante…

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Critique de disque. Vingt ans après ses débuts discographiques, le rayonnant Alpha irradie toujours tous ceux qui ont capté son onde bénéfique. Et ils sont nombreux, en Afrique d’abord, mais aussi partout où ce charismatique chanteur est allé porter sa bonne parole. Prêchant l’amour, ce pacifique mystique n’a pas pour autant sa langue dans sa poche : « L’argent ne fait pas le bonheur. Qui a dit ça ? », demande-t-il en introduction de cette collection d’hymnes possibles, destinés à mettre du baume au cœur même si l’on enrage. Parsemé de sentences directes (« Mal en pis, les choses vont de mal en pis, quel que soit ce qu’on leur dit, ces abrutis n’ont rien compris », lance-t-il dans « Politruc »).

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Critique de disque. M’Bemba a été enregistré non loin du fleuve Niger, au Moffou, le studio-club de Salif Keita. Cet établissement se trouve à Kalabankourou, un quartier de Bamako, où, entouré des meilleurs instrumentistes du pays, l’artiste a maintenant toute liberté de produire la musique qu’il entend. Dans un tel contexte, le chanteur n’avait pas le droit de rater cet album. Eh bien, la partie est gagnée. Après Moffou, le précédent disque, Salif Keita continue ce travail de fond qui consiste à rétablir l’équilibre entre les deux piliers de son inspiration : la tradition mandingue et la pop internationale. Sûr de son fait, il tient fermement les rênes. Majoritairement acoustique, M’Bemba (Ancêtre) retrouve quelque chose du son de ces disques qu’enregistraient Keita et le guitariste Manfila Kanté, une fois de plus à ses côtés, lorsque tous deux captivaient les publics d’Afrique de l’ouest au sein des Ambassadeurs.

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Critique de disque. Du reggae incandescent, hérissé de mots incisifs, telle est la « formule » trouvée par Tiken Jah Fakoly. Si le pseudonyme « Javelot brûlant » n’avait pas déjà été pris par le Jamaïquain Winston Rodney (Burning Spear), l’un de ses héros, Moussa Doumbia aurait mérité de l’adopter. Mais c’est sous le nom de Tiken Jah Fakoly que cet Ivoirien s’est fait connaître. Tiken, cela signifie à peu près « petit gars ». Jah, c’est le nom de Dieu pour les rastas. Quant à Fakoly, il s’agit d’une référence à un ancêtre du chanteur, qui fut un chef de guerre mandingue au XIIIe siècle. Coup de gueule est le digne successeur des albums précédents de cet artiste qui s’est imposé comme l’incarnation des espoirs et désespoirs des jeunes ouest-africains. Eux qui forment la majorité des populations de cette région du monde sont plongés dans une incertitude de tous les instants. Tiken Jah Fakoly exprime leur impatience.

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Critique de disque. Dans les années 1960, alors que nombre de jazzmen afro-américains rêvaient à un retour sur la terre de leurs ancêtres, de jeunes musiciens d’Afrique ne souhaitaient qu’une chose : s’envoler vers les États-Unis pour assouvir leur passion pour le jazz ! Parmi eux, Hugh Masekela. En 1964, il quitte l’Afrique du Sud et son régime d’apartheid pour suivre des études musicales à New York, dans l’espoir de devenir membre des Jazz Messengers ou de l’orchestre mené par Horace Silver. Le trompettiste essuie refus sur refus. Non pas parce que les maîtres auprès desquels il se présente le chassent avec mépris, mais en raison même de son talent particulier : « Fais ton truc à toi », lui disent-ils tous en substance, notamment Miles Davis… Stewart Levine, son producteur, raconte cette histoire croquignolette dans le livret qui accompagne une sélection de titres enregistrés entre 1966 et 1974. À la trompette, Hugh Masekela possède effectivement un style très spécial, instable, très vivant, ainsi qu’une voix non moins originale. Les genres en vigueur dans son pays ont bien entendu largement influencé sa musique, de même que les rythmes latino-américains et la bossa nova. Grâce à ce disque, on suit l’évolution du jazzman sud-africain, du hard bop de ses débuts au groove des années funky.

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Critique de disque. Que vous soyez accablé par la canicule ou que vous claquiez des dents par grand froid, Lura est là pour vous réconforter. Car, ainsi que son titre l’indique, De corps et d’âme est un album qui fait du bien à votre esprit comme à votre enveloppe charnelle. Pour âme, des textes en créole vous LURA  « Di korpu ku alma »racontent, souvent avec humour, comment quand on est capverdien l’on mène sa vie dans les îles et dans l’exil. Et pour le corps, des airs vous incitent à danser sans modération. A moins que ce ne soit le contraire. Née à Lisbonne où elle a grandi, Lura s’est fait un petit nom dans le non moins petit monde du r’n’b local. Cependant, de plus en plus attirée par la culture de son pays d’origine, elle s’est finalement orientée vers les riches répertoires des îles du Cap-Vert. Franchement, elle a bien fait. Ici, elle interprète quelques classiques, des chansons qu’elle s’est écrite et des titres de Orlando Pantera – dont le superbe et enivrant « Na ri na » -, un des compositeurs-rois du style batuque, rythme inspiré par la frappe des lavandières sur leurs pièces de tissu. Il est typique de Santiago – d’où vient le père de l’artiste -, île réputée être la plus africaine de l’archipel.

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Critique de disque. Quelle vitalité ! Hadja Kouyaté et ses Guinéens nous offrent ici tout ce que l’on peut légitimement attendre d’un disque de musique mandingue. Et même plus. Une voix puissante, bien sûr, celle de la jeune femme, et des accompagnateurs qui font mieux que se mettre au service de leur chanteuse. Ces musiciens, bouillonnant de sève juvénile, forment un vrai groupe, donnant l’impression qu’ils jouent ensemble depuis des années et des années. Ça vrombit, ça bondit, ça fait déferler des cascades de notes précises, éclatantes et claquantes. C’est réjouissant au possible. L’orchestre et la vocaliste, ainsi que les choristes, se répondent en permanence tout au long de l’album, maintenant de cette façon une tension digne d’un groupe de rock ou de funk.

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Liste des critiques de disques publiées sur ce blog.

Avec liens.

Classées de A à Z .

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Touaregs 1Dossier.  Les Touaregs forment l’un des peuples nomades qui font le plus rêver. Réputés farouches, ils ont conservé la plus grande part de leur culture, quitte à se rebeller contre les États cherchant à les assimiler. Prompts à prendre les armes pour défendre leurs intérêts, ils sont néanmoins de plus en plus ouverts sur le monde « extérieur ». Des agences de voyage sont aujourd’hui nombreuses à proposer des séjours ici ou là sur leur territoire, lequel couvre une grande partie du Sahara. Grimpons sur le dos d’un dromadaire virtuel et partons à la découverte des « hommes bleus » !

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Critique de disque. À chaque album, le miracle se reproduit. On en reste tout chose. La voix suave de Cesaria Evora vous colle un blues à l’âme. Mais un de ces blues qui, paradoxalement, vous réconforte parce qu’il ne vous fait pas oublier que le désespoir peut être contourné, voire vaincu. Cesaria Evora est la reine de la morna, genre issu des îles du Cap-Vert qu’elle a popularisé à travers le monde grâce à une série de disques au charme persistant. Celui-ci, Voz d’amor, n’échappe pas à la règle : il est parfait. Il faut dire que la chanteuse sait choisir les pièces de son répertoire, puisant avec autant de bonheur dans le patrimoine que dans le vivier des jeunes auteurs et compositeurs de son pays. Avec son lot de ballades langoureuses – les merveilleuses « Jardim prometido » ou « Mar de canal » -, et de danceries enlevées – dont le guilleret « Velocidade » -, Voz d’amor comble toutes les attentes. Au point qu’il donne envie de lancer à la voix d’amour de Cesaria ce fameux serment : « Plus qu’hier et moins qu’aujourd’hui » !

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Critique de disque. Tout doucement… La jeune chanteuse malienne Rokia Traoré se démarque avec finesse de la grande tradition mandingue. À la différence de ses illustres compatriotes féminines, elle ne lance pas sa voix dans des aigus surpuissants, préférant le registre de l’intimisme. Nul mépris, ni arrogance dans cette démarche ; juste la volonté de trouver son propre chemin. À coup sûr, son parcours personnel y est pour beaucoup. Fille de diplomate, elle a été élevée dans un mélange de tradition et de modernité, formant sa personnalité durant ses séjours au pays et au gré des affectations de son père. Comment innover sans tomber dans les travers habituels de la world music ? À l’écoute de ce disque, et des précédents, on constate que Rokia Traoré a mûrement réfléchi à ce qu’elle devait faire. Bowmboï est l’œuvre d’une chanteuse ayant débuté au sein d’un collectif hip hop de Bamako et qui a, ensuite, adopté une posture de folkeuse. Dans ce disque, elle poursuit dans cette dernière voie et va même plus loin, notamment à San Francisco où elle a enregistré deux splendides titres avec le Kronos Quartet, percutant ensemble voué à la musique contemporaine.

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Critique de disque. On y aura mis le temps mais c’est fait : la très grande figure de la chanson réunionnaise qu’était Alain Péters est enfin reconnue. La fine fleur de scène locale lui rend hommage dans un album constitué d’extraits de concerts captés lors de deux festivals Africolor. On y entend notamment Danyel Waro, René Lacaille et Loy Ehrlich – ces deux derniers ont été des camarades de jeu de Péters dans les années 1970. Musicien de bal dès ses treize ans, Alain Péters vénérait autant Victor Hugo que Brel et Led Zeppelin. Successivement membre des groupes rock Lords, Pop-Décadence, Satisfaction et Caméléons, il opère en 1979 un tournant radical en devenant le chanteur de Carrousel, formation qui se réapproprie les folklores réunionnais et la langue créole. Mais, alors qu’il est devenu une célébrité dans son pays, Péters le réfractaire ne mène pas une carrière professionnelle conventionnelle. Usant et abusant de zamal et d’alcool, il vit en demi clochard au grand désespoir de ses proches. Dorénavant, il va tracer son chemin seul.

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Critique de disque. Des instrumentistes ou des chanteurs africains invités par des jazzmen états-uniens et européens, ça se voit tous les jours. Mais des Africains jouant du jazz sans la caution d’un toubab ou d’un cousin d’Amérique, ce n’est pas si fréquent. Surtout quand ces artistes ne sortent pas du vivier des clubs spécialisés. Djeli Moussa Diawara le Guinéen, Abdoulaye Diabaté et Moussa Cissoko, tous deux sénégalais, se sont taillé chacun une excellente renommée dans le domaine de la musique populaire ouest-africaine. Le premier est l’un des plus grands joueurs de kora de son temps ; le deuxième, un chanteur, pianiste et chef d’orchestre coté ; enfin, le troisième est un percussionniste très demandé, notamment dans les studios parisiens. Avec leur musique hors norme, ils prennent le risque de choquer les gardiens des traditions, aussi bien chez les griots que chez les jazzophiles sourcilleux.

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Critique de disque. Grand classique des musiques du monde, cette anthologie est un modèle du genre « ethno ». Éditée une première fois en 1977, elle fait l’objet d’une reparution bienvenue, sous la forme agréable d’un livre-disque de grand format. Les Pygmées Aka vivent en campements autogérés dans la forêt équatoriale, au sud-ouest de la République Centrafricaine. Comme dans beaucoup de peuples africains restés proches de leurs traditions, la musique et le chant rythment la vie de tous les jours. Jeux de percussions et polyphonies forment l’essentiel du contenu des titres ici présentés. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces derniers sont fascinants. Chacun des auditeurs succombera particulièrement à l’une ou l’autre des trente-cinq plages gravées : un chœur se moquant de celui qui n’a pas réussi à trouver du miel, des appels à la chasse captés en forêt – bruits de fond de la dite forêt compris -, etc.

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Critique de disque. Se faire guitariste au pays de la kora, voilà qui n’est pas banal. C’est le choix qu’a effectué Djelimady Tounkara, figure historique de la musique populaire malienne. Au sein du Rail Band, formation majeure qu’il a rejoint très jeune dans les années soixante-dix, ce musicien a contribué à la modernisation du répertoire de son pays. Moins connu que certains membres de son orchestre (Salif Keita, Mory Kanté), il publie son premier disque solo à plus de cinquante ans. Djelimady Tounkara abandonne ici l’électricité pour utiliser une guitare acoustique.

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Spices of ZanzibarCritique de disque. Au début, pas d’erreur, on est en train d’écouter un disque de musique égyptienne très stylée. Et puis, voilà que des chœurs typiquement africains viennent se greffer sur les élégantes mélodies dominées par les cordes et l’accordéon. C’est que nous sommes à Zanzibar, grand carrefour commercial de l’océan Indien où les cultures swahili et arabe font bon ménage ; ce que cet enregistrement prouve amplement.

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Interview. Avec toute la fougue et la sincérité qu’on lui connaît, Dee Dee Bridgewater a mené à bien un projet qui lui tenait à cœur : aller à la rencontre de musiciens maliens et enregistrer un disque dans lequel se mêleraient de façon inextricable le jazz et les genres traditionnels locaux. Le résultat est une réussite, un modèle même pour qui voudrait poursuivre l’aventure à sa manière. La chanteuse donne ce soir la version scénique de cet album.

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Qu’est-ce qui vous a menée au Mali ?
Deux choses. J’avais le projet de faire un disque autour de la musique africaine et en même temps, je me suis lancée dans une enquête sur mes origines. Je me suis rendue compte que tout ce que j’aimais en terme de musique et d’art africains venait du Mali. Quand je suis allée sur place, j’ai eu la forte impression d’être chez moi là-bas : les gens, leur regard sur la vie, ce qui se passait dans les rues… Et puis cette terre rouge ! C’est la même que celle de Memphis où je suis née. En plus, pas mal de gens m’ont dit que j’ai le type Peul. À peine arrivée, un vieil homme m’a pris pour sa nièce, il ne voulait pas en démordre. Il est parti très vexé que sa nièce soit devenue si snob !

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Critique de disque. Cet album fait l’effet d’un coup de vent frais pendant une canicule. À son écoute, on se voit fort bien dans une cour de Bougouni, là où il a été enregistré sur un « studio nomade ». On peut également s’imaginer marchant dans la brousse, ou en train de fixer le courant du Niger, ou encore prostré, regardant stupidement passer un défilé de vaches efflanquées… Certes, ce commentaire fait quelque peu Tintin au Mali mais, que voulez-vous, l’imagination a ses raisons que la raison ne connaît pas. Pendant ce temps, le musicien N’gou Bagayoko, lui, dessine de petites figures musicales à l’aide de sa guitare. C’est si léger que l’on en viendrait presque à oublier que son talent est énorme. La subtilité de ses pièces délicates est formidablement restituée par la prise de son et la postproduction de Frédéric Galliano. Le musicien routard dont Bougouni est devenu l’un des foyers, auteur d’un très intéressant African Divas qui mêle électronique et voix mandingues féminines, joue la carte de la transparence.

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Critique de disque. Il est des disques de musique « ethnique » subjuguants. En voici un. Le musicologue Charles Duvelle – fondateur des labels Ocora et Prophet – s’est rendu au printemps 1966 au sud du Tchad, près de la frontière centrafricaine, dans des villages situés du côté de Sarh et Moïssala. Là, vivent les populations Sara qui se sont, au fil du temps, constitué un riche répertoire de chants et de musiques afin, comme partout en Afrique, d’accompagner les grands et petits événements de la vie. On est vite séduit par la l’intelligent agencement des plages de cet album, lequel expose une large variété de sonorités. Ces dernières sont toutes d’une puissance musicale remarquable. L’auditeur le plus rétif ne peut qu’être saisi par les vocalises de ces femmes pilant le mil, ou par les envolées étourdissantes d’un orchestre de sifflets et de percussions, jouant à l’occasion d’une fête à laquelle on aimerait bien être convié !

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Critique de disque. Balafon, n’goni, guitare, djembe, claquements de mains et voix : les ingrédients sont simples et la galette succulente Du cœur de cet ensemble s’élève la voix puissante et subtile de Kassé Mady Diabaté, l’un des plus fameux représentants de la caste des griots maliens. Les griots, rappelons-le, ne sont pas des artistes au sens européen du terme, mais des membres d’une société qui exercent une fonction. Les Diabaté chantent depuis des siècles la gloire des Keita, cette famille de nobles qui dirigea l’empire du Mali. De cette lignée est issu Salif Keita, autre grande voix mandingue que Kassé Mady admire, en tant que chanteur, mais dont il n’apprécie pas la démarche du point de vue de la tradition : un Keita ne doit pas faire le griot ! Ce beau disque vient rappeler l’importance du personnage. Durant ces années 1980 qui virent l’émergence de nombreuses cultures musicales africaines en Europe, Kassé Mady Diabaté a récolté une foison de lauriers et autant d’orties.

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Critique de disque. On ne savait pas que ce vénérable arbre africain qu’est le baobab pouvait produire du miel. Grâce à ce disque, qui annonce le retour aux affaires de l’une des meilleures formations sénégalaises, plus personne ne peut l’ignorer. Orchestra Baobab a été fondé durant  la décennie 1970 afin d’animer les soirées chic du club de Dakar dont il adopta le nom. Sa manière de combiner les styles afro-cubains et sénégalais – notamment ceux de Casamance – fascina aussi bien le public que les musiciens. Parmi ceux-ci figurait un débutant nommé Youssou n’Dour qui allait, malgré lui, précipiter la chute de ses héros en lançant la vogue du mbalax. En 2002, il répare ce « méfait » en coproduisant l’album de la résurrection du grand et prodigieux ensemble en compagnie du patron du label World Circuit, Nick Gold.

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Critique de disque. Le rock africain existe-t-il ? Peut-être que oui, à l’écoute de ce disque qui répond à certaines exigences du genre, tout en ne gommant pas ses origines. Comme beaucoup d’autres musiciens sénégalais, Pape & Cheikh ont vibré à l’écoute des chansons signées Simon & Garfunkel ou Bob Dylan. C’est donc la branche folk song du rock – plutôt que celles du punk ou du hard ! – qu’ils secouent pour en tirer les meilleurs fruits. Des traditions sénégalaises, ils gardent cette scansion complexe que l’on apprécie dans le mbalax popularisé par Youssou n’Dour, l’un des parrains de ce duo. Papa Amadou Fall et Cheikhou Coulibaly viennent du centre du pays et ont fait carrière à Dakar. Tous deux guitaristes et compositeurs, ils donnent des chansons bien charpentées, tantôt énergiques, tantôt tranquilles. Le chant principal est assuré par Papa, émouvant vocaliste qui se situe dans la lignée du grand frère Youssou.

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Critique de disque. « Je suis allé à Kinshasa j’ai trop souffert (…). Les jaloux saboteurs aux yeux de crocodiles veulent mon échec, souhaitent ma misère ; voilà mon problème »… Cette chanson de style zaïrois enregistrée à Abidjan par un Tchadien (Maître Gazonga) est l’un des tubes absolus des années 1970 et 1980, quand de forts contingents de musiciens ouest-africains modernistes partirent à l’assaut de leur continent, de la France et finalement du monde. Période dorée s’il en est ! Cette impressionnante anthologie offre près de deux heures et demi de bonheur parfait en alignant quelques chefs-d’œuvre glanés dans des albums souvent difficiles à dénicher – nous insistons : tous les titres sélectionnés sont géniaux. Dakar, Bamako, Conakry, Abidjan – où de très nombreux artistes des pays voisins venaient enregistrer -, telles étaient les places fortes de la pop dans la région. Au terme de deux décennies d’indépendance, les jeunes nations de l’ex-Empire français affichaient une vitalité extraordinaire en matière de musique. Réunis pour jouer dans des bars d’hôtel ou des buffets de gare, pour représenter leur pays ou une administration, des centaines de musiciens ont alors acquis une expérience phénoménale, comparable à celles des jazzmen états-uniens des temps héroïques.

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Critique de disque. Le tout puissant Konono n°1 entre dans la place et vous voilà à genoux. Il s’agit d’un groupe fondé à la fin des années 1970 par Mingiedi Mawangu. Il joue une musique conçue à partir de thèmes traditionnels émanant du peuple Bazombe, lequel vit des deux côtés de la frontière de la République Démocratique du Congo et de l’Angola. Resté fidèle aux répertoires des campagnes, Konono n°1 s’est cependant trouvé un son d’une modernité pleine de malice dans ces cours et arrières cours de Kinshasa où il fait danser les foules, pour l’amusement mais aussi, parfois, pour la transe. À la base, ses musiciens jouent du likembé, que l’on appelle également piano à pouces, un instrument constitué de lamelles métalliques fixées sur une boite. Rien de plus banal donc pour qui connaît les musiques des campagnes d’Afrique centrale. Sauf qu’ici les likembés sont reliés à des micros et que leur son vient s’écraser dans des hauts parleurs. À l’oreille, cela ressemble à un mélange de marimba et de guitare électrique saturée.

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Critique de disque. Admirée dans toute l’Afrique de l’Ouest, mais aussi au-delà, Oumou Sangaré est dotée de cordes vocales d’une souplesse féline, glissant du grave à l’aiguë quand bon lui chante. Virtuose donc, mais également profondément émouvante, notamment parce que cette voix exprime des points de vue audacieux. Son principal cheval de bataille est la condition des femmes africaines, accablées de devoirs mais pauvres en droits. Le coup de foudre pour Oumou Sangaré a été immédiat, dès ses premières apparitions sur la scène malienne à la fin des années 1980 en plein boum du wassoulou, style qui porte le nom d’une région située au sud du pays. Là vivent beaucoup de Peuls qui ont conservé leurs propres traditions musicales. Au contraire d’autres contrées africaines, où seuls les griots ont le droit de chanter, les habitants du Wassoulou accèdent librement à l’art vocal. D’où l’émergence d’une grande variété d’artistes au verbe haut – d’autant plus haut que le phénomène s’est produit en même temps qu’une période d’ouverture démocratique.

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Critique de disque. Figure singulière de la soul anglaise, Keziah Jones n’a jamais oublié ses origines nigérianes. Il le prouve avec ce disque nourri par ce qu’il a vu, appris, ressenti lors de ses nombreux voyages à Lagos et en pays Yoruba. Cependant, on ne trouve rien de particulièrement roots ici, mis à part les trois titres de style folk qui concluent l’album. Ce dernier consiste principalement en une enfilade de hits imparables élaborés selon les canons du groove – mélodies entraînantes, perfection de l’orchestration, chant sensuel -, à la manière de musiciens tels que Curtis Mayfield et Prince. Mais, pour parfaire son œuvre, Keziah Jones en a également appelé à l’esprit de son compatriote Fela Anikulapo Kuti, le génie de la musique africaine contemporaine. Et cela a marché car, bien que n’étant plus de ce monde terrestre, le légendaire propagateur de l’afro jazz a répondu présent et est venu hanter quelques chansons de cet impeccable Black Orpheus.

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Critique de disque. « Feuilles de cannes à sucre en plein cœur de soleil / Me lacèrent la nuque et me saignent dans l’eau du bain le soir / Oh ma maman / Hachée comme au rasoir / Ma peau est rouge sang » (« Boulouzé »). Danyel Waro a bien fait de s’occuper lui-même de la traduction de ses textes. Il retrouve en français la saveur de son créole réunionnais. Et, pour les zoreilles qui ne comprennent pas grand chose à cette langue très originale, c’est un bonus appréciable. Quoique, finalement, on se rend compte que l’on avait, en fait, tout compris à l’écoute des chansons du barde des antipodes. Mystère de la voix humaine qui n’a pas vraiment besoin de mots pour transmettre ce qu’elle a à dire. Accompagnée de multiples percussions, celle de Danyel Waro vous cloue sur place.

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Critique de disque. Il fut un temps où l’Inde, puis la Jamaïque, le Maroc ou Cuba, figuraient parmi les destinations favorites des musiciens européens et nord-américains en quête de ressourcement ou d’exotisme. L’Afrique de l’Ouest est également devenue une étape obligée. Frédéric Galliano s’en est allé au Mali, en Côte d’Ivoire, Niger, Sénégal et Guinée, enregistrer onze splendides voix de femmes, dont celle de Nahawa Doumbia. Installant son studio mobile au gré des possibilités, ce troubadour électronique a durant quatre ans sillonné la brousse sahélienne et ses îlots de maquis urbains. Le principe était de capter au mieux ces voix dans leur environnement naturel, puis de leur offrir le plus bel écrin possible, à l’aide de machines pas naturelles du tout. Galliano n’en est pas à son coup d’essai.

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Critique de disque. Avec Moffou, Salif Keita réussit un album à la fois serein et lyrique, richement coloré et en même temps d’une sobriété remarquable. La voix de ce chanteur malien fit craquer beaucoup de toubabs au début des années quatre vingt, les amenant ainsi à découvrir les merveilles de la musique mandingue. Une carrière internationale attendait cet artiste qui, rappelons-le, n’est pas un griot, mais bel et bien un individu qui a choisit son destin de baladin – étant entendu que les griots font partie d’une caste dont le rôle est d’entretenir, très souvent en musique, la mémoire de son peuple et de ses élites. Force est de constater que, pendant des années, les disques de Salif Keita ont laissé quelque peu sur leur faim les admirateurs de ces deux enregistrements magnifiques que furent Best of Ambassadeurs et Mandjou. Trop de claviers électriques, trop de batteries enclumesques ont nuis à la voix d’or du puissant et aérien chanteur. Ô joie, à l’écoute de Moffou – le nom d’une flûte, mais aussi celui du club qu’a ouvert le musicien à Bamako -, on constate que ces parasites ont totalement disparu.

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Critique de disque. Le Sénégal est une pépinière très féconde. Les grands et beaux talents y poussent de toutes parts. En vingt ans, on a vu s’élancer Touré Kunda, Xalam, Youssou n’Dour, Baaba Maal ou Ismaël Lô. Mais que ces baobabs ne cachent pas le reste de la plantation. Ainsi, El Hadj N’Diaye, qui adopte la posture du folk singer. Ce lointain héritier de Woody Guthrie, mêle dans son propos des descriptions réalistes et des images poétiques, tout en parlant d’amour, sujet ô combien intemporel et universel. Cette manière de faire a perdu de sa force dans les pays riches où l’on se gausse de façon simpliste des « chanteurs engagés ». Mais pas au Sénégal où El Hadj N’Diaye s’est acquis un public fidèle. Là, on sait que les rues sont peuplées d’enfants qui souffrent, que le sang peut couler au gré des caprices de tel ou tel. Et il est bon que quelqu’un le dise. Surtout si, comme ce barde à la voix déchirante, on sait faire de l’excellente musique.

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